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04 janvier 2018 La revue > N° 127 - Hiver 2017/2018

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LeRouge&leBlanc n° 127

Hiver 2017/2018


• Bandol - Le fruit de la rigueur
• Grèce/Crète - Domaine Economou
• Italie/Émilie - Elena, Giulio et les autres…
• Coups de cœur
- Le Petit Clou des Vents (Côtes de Duras)
- Domaine Mee Godard (Morgon)
- Domaine de Quissat (I.G.P. Agenais)
- Domaine Christian Venier (Cheverny)
- Clos 19 bis (Graves)
- Domaine de La Piffaudière (Touraine)
• Portrait - Lucie Peyraud - Domaine Tempier (Bandol)


Voir l'édito

Sommaire

N° 127 - Hiver 2017/2018



BANDOL

Le fruit de la rigueur

Provence > Bandol > (Rouges)
Domaine La Suffrène - Domaine Tempier - Domaine de la Bastide Blanche - Dupéré-Barrera - Château Guilhem Tournier - Château d'Azur - Domaine de la Tour du Bon - Les Vignobles Gueissard - Domaine Dupuy de Lôme - Domaine de La Bégude - Domaine des Trois Filles - Domaine de La Garenne - Moulin de La Roque - Château de Pibarnon - Château Canadel - Domaine de Terrebrune - Château Sainte-Anne - Château Jean-Pierre Gaussen - Château Salettes - Domaine Castell-Reynoard - Domaine du Gros Noré - Domaines Bunan - Domaine du Cagueloup.

DOMAINE ECONOMOU

Du côté de chez Yannis Economou…

Grèce > Crète > Sitia
Sitia - IGP Crète.

LA STOPPA-DENAVOLO

Elena, Giulio et les autres…

Italie > Émilie > Colli Piacentini
Barbera della Stoppa - La Macchiona - Ageno - Dinavolo - Dinavolino - Catavela.

COUPS DE CŒUR

Le Petit Clou des Vents

Côtes de Duras
Les Grenades 2016 - À l'Ouest de mon Sud 2015 - Les Mayeuls 2011 - Claire 2015 - Claire 2014 - Claire 2012 - À l'Ouest de mon Sud 2014.

Domaine Mee Godard

Morgon
Corcelette 2015 - Grand Cras 2015 - Côte du Py 2015 .

Domaine de Quissat

I.G.P. Agenais
100 pour 100 2016 - À mon grand-père 2016 .

Domaine Christian Venier

Cheverny
Clos des Carteries 2016 - Les Hauts de Madon 2016 - La Pierre au Chien 2016 .

Clos 19 bis

Graves
Graves 2015 - Sauternes 2014 .

Domaine de La Piffaudière

Touraine
Mon tout rouge 2016 - Gamay 2016 - Dents Rouges 2014 - Nuits Blanches 2015 .

PORTRAIT
Lucie Peyraud - Domaine Tempier (Bandol)
Nico de Florette




ÉDITO


Le grand Monopoly des vignes françaises

Il en va des beaux vignobles comme il en va des belles voitures ou des œuvres d'art : ils suscitent la convoitise. Ces derniers mois, nous avons appris coup sur coup le rachat du Clos Rougeard par Martin Bouygues et celui du Clos de Tart par la famille Pinault. Nous ne verserons pas de larmes sur le prix payé dans le cas du second, on parle de la somme astronomique de 250 millions d'euros, une friandise pour Artemis, maison-mère de Keiring qui vient d'annoncer d’excellents résultats. D'ailleurs, les prix des bouteilles de cette propriété étaient déjà totalement hors de portée de l'amateur moyen, environ 300 € pour le premier vin et au-delà de la centaine d'euros pour la Forge de Tart, un tarif qui frisait le ridicule, tant sa qualité semblait déconnectée.

En revanche nous ne pouvons que regretter que la légendaire générosité des Foucault trouve une fin aussi amère. Il ne peut y avoir de plus grand fossé entre les valeurs qu'ils ont mis en avant pendant des décennies et celles du jeu capitalistique mondial. Malgré leur envolée sur le marché gris, les prix des vins au domaine restaient accessibles aux heureux allocataires et n'avaient que très peu augmenté en dépit de leur notoriété grandissante.

Se pose la question du paysage qui est en train de se dessiner. Chaque succession, chaque mésentente entre héritiers d'un grand domaine sur son avenir va créer l'opportunité d'un rachat par un gros groupe. François Pinault et Bernard Arnault font la course aux acquisitions (rachats du domaine Engel, de Château Grillet pour le premier, acquisitions d'Yquem, de Cheval blanc, du Clos des Lambrays pour le second). Tout ceci ne fera certainement pas les affaires des amateurs à qui le marketing des marques de luxe sera appliqué sans pitié. Car ce n'est pas la philanthropie ou la magnanimité qui poussent les plus grosses fortunes à chasser le terroir. Il ne s'agit en fait que d'investir des profits récurrents dans ce qui est rare et donc dans ce qui peut le devenir encore plus grâce à un savant dosage de disponibilité contrôlée et de communication.

L'exemple de la politique suivie par Château Latour est édifiant. Racheté par Artemis (la holding des Pinault) en 1993, le premier cru classé de Pauillac avait annoncé en 2012 son intention de ne plus proposer son vin en primeurs mais directement depuis  les chais après une période de vieillissement opportune. On voit bien la ficelle : Latour a voulu s'affranchir d'un système qui favorisait des prix potentiellement plus sages lors des petits millésimes ou lorsque la situation économique mondiale ne permettait pas de les écouler au prix fort comme en 2008. L'argument marketing du bénéfice d’un stockage dans les chais du château est surtout un leurre pour déstocker à prix fort lorsque le contexte est porteur. Pas dupe, le marché ne semble pas plébisciter cette nouvelle façon de faire. Edifiant aussi, le parcours des prix aux enchères du Château Grillet depuis son rachat par le groupe il y a six ans et en particulier depuis 2014.

Quid de la philosophie du paysan-vigneron, de la continuité de son projet, du moment passé en cave avec la pipette, de l'échange sur le vin tiré du fût ? Quid de l’effet millésime, du caractère du vin lorsque les hommes qui étaient aux manettes seront remplacés ? On s'acheminera plutôt vers le désert de la relation commerciale où il faudra probablement même payer d'avance et réserver sur catalogue. Cette tendance est d'autant plus pénalisante que ces rachats sont majoritairement causés par le morcellement du foncier lorsque des ayant-droits éloignés, parfois étrangers aux projets du domaine, veulent céder leurs parts aux plus offrants, ou encore par des vignerons n’ayant pas de descendants. À l’arrivée, c'est la démarche d’approfondissement du terroir de plusieurs générations qui peut partir en fumée, juste par appât du gain ou par rancœur tenace de voisinage. Autant les offres sont flatteuses pour le portefeuille, autant elles dépossèdent en réalité les vignerons de ce qu’ils ont de plus précieux : leur identité.

Enfin, côté achats, on ne saurait que trop recommander à nos lecteurs attentifs, et en particulier aux petits jeunes qui démarrent leurs caves, de garnir leurs casiers de vins du Jura, d'Alsace, de Loire, de Bandol, du Roussillon, du Mâconnais avant que la mondialisation ne leur retire définitivement sous leurs pieds le tapis du pouvoir d'achat.


Julien Marron