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15 octobre 2015 Rencontres > Portraits

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Jérôme Galaup

R&B N°118 – Automne 2015


Jérôme Galaup appartient à cette génération montante de vignerons pleine d’innovation, de dynamisme et d’audace. À la Ferme du Vert, près de Gaillac, ce trentenaire  spontané et haut en couleur, cultive avec son père 7 ha de vignes sans perdre de vue le troupeau de blondes d’Aquitaine. Et il est à bonne école puisqu’il travaille à mi-temps au Domaine Plageoles.

Un pur-sang à Gaillac
Volubile et d’une franchise absolue, Jérôme se livre avec naturel. « Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours pensé qu’un jour je ferais du vin », se souvient-il. « Après un BTS Viti-Oeno préparé en alternance chez les Plageoles, en 2001, je suis resté chez eux. J’y suis comme chez moi. À l’automne dernier, j’y ai effectué mes quinzièmes vendanges ! », poursuit-il. « Même si mon père avait déjà arrêté les levures exogènes en 1998, j’ai fait évoluer le vignoble familial, grâce à la fois à l’expérience paternelle et aux techniques apprises chez les Plageoles. Car, lorsque je suis arrivé chez eux, cela a été pour moi LA révélation ! », souligne-t-il avec reconnaissance et respect. À présent, c’est lui qui, en retour, transmet ses connaissances à Florent et à Romain, les deux fils Plageoles, qu’il considère comme ses frères. Sa Ferme du Vert, non loin de la cité médiévale de Castelnau-de-Montmiral, est située en lisière de la forêt de la Grésigne – le grès qui saigne –, une forêt primaire de 4 000 ha qui protège les vignes des orages, apporte une fraîcheur bénéfique dans les années chaudes, ainsi qu’une humidité qui favorise l’apparition du botrytis, mais occasionne des attaques d’oïdium et de mildiou. Jérôme effectue des traitements préventifs à l’aide de cuivre et de soufre mouillable. Le sol de ses quatre parcelles, exposées au sud, en terrasses et en amphithéâtre, est argilo-calcaire sur des grès comportant du fer et du magnésium. La ferme, peinte en vert, date de 1650. Les terres sont travaillées à l’aide du cultivateur, et du vibroculteur au printemps pour aérer le sol, ainsi qu’avec la débroussailleuse autour des ceps. Bien que non certifiées « bio », les méthodes culturales et les vinifications se déroulent dans une logique de respect de l’environnement. Jérôme, inquiet de nature, est en perpétuelle recherche pour améliorer la qualité des vins, comprendre et anticiper les maladies. La cueillette des raisins (mauzac, muscadelle, duras, prunelard et braucol) s’étale de fin septembre à décembre. Nous avons aimé le très bel équilibre de sa cuvée L’Amoureuse du millésime 2006, un moelleux (90 g /l de sucre résiduel) élaboré avec des mauzac issus de vignes de 65 ans pour moitié et de 25 ans. La bouche fraîche et pure, enrobée d’une texture fruitée (abricot, coing et figue) s’étire en une longue finale suave et sapide. Sur place, nous avons beaucoup apprécié les vins du millésime 2014, notamment L’Angelou, un mauzac nature rafraîchissant, dont la complexité s’accroît d’année en année. Lou Gabel, un blanc sec de muscadelle de 86 ans, et Cado Tsoun (« chaque jour » en occitan), un rouge de duras, sont de la même veine : « gourmands » et salivants. Dans trois ans, Jacques, le père de Jérôme prendra sa retraite et confiera alors les rênes à son fils, qui bénéficiera d’une totale liberté. Jérôme Galaup, ce vigneron-fermier instinctif et euphorique, aimerait associer son métier à celui de Nathalie, sa compagne institutrice qui l’aide déjà dans les vignes, pour créer une ferme pédagogique. Il a tous les atouts en mains pour réaliser son rêve, ne serait-ce que son enthousiasme communicatif et son sens de la pédagogie. Il lui suffit de cravacher encore un peu !