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25 mars 2017 Rencontres > Portraits

Jp Géné, disparition d’un authentique gourmet

Authentique, tel est le qualificatif, trop souvent galvaudé, qui me vient immédiatement à l’esprit pour évoquer Jean-Paul Généraux, beaucoup plus connu sous le pseudonyme de Géné. Au téléphone, de sa voix inimitable, il s’annonçait toujours ainsi : « Géné ! ». Petit, le visage rondouillard fendu d’un large sourire, c’était pourtant un grand bonhomme, d’une honnêteté absolue, d’une discrétion pudique et d’un professionnalisme sans faille. À la fin de l’année 2004, à la suite de l’une de ses chroniques à propos de la galette aux mirabelles, je lui avais signalé que les mirabelles de Nancy qu’il vantait ne valaient pas celles de Metz, plus petites et plus sucrées. Un mois après, nous faisions connaissance dans un restaurant parisien, et, quelque temps plus tard, il assistait à l’une de nos dégustations et publiait dans la foulée, dans Le Monde 2, un article à propos de notre revue. LeRouge&leBlanc entra alors dans une autre sphère : les ventes explosèrent et la notoriété de notre revue s’accrut de manière insoupçonnable. LeRouge&leBlanc lui doit beaucoup et le remercie avec émotion. À titre personnel, je ne peux oublier les conseils de rédaction qu’il me prodigua : respecter la longueur des textes (« 1500 signes, ce n’est pas 1499 ni 1501 », m’avait-il expliqué.), avoir toujours le dictionnaire à portée de main et commencer la rédaction d’un texte par sa chute. D’une plume précise, juste et acérée, il ne mâchait pas ses mots, pourfendant la malbouffe et les désastres de l’industrie agroalimentaire, viticulture comprise. Militant intraitable, il n’avait pas son pareil pour défendre aussi bien le purin d’ortie que les graines de Kokopelli. Souvent ses articles évoquaient sa Lorraine natale, ses grands-parents, originaires de la région nancéenne d’un côté, et de Noisseville, en Moselle, de l’autre, qui lui avaient fait découvrir les frichtis lorrains, simples et savoureux. Peut-être, au matin du 23 mars dernier, a-t-il emporté avec lui une quiche lorraine, une galette aux mirabelles ainsi qu’une verrine de confiture de quetsches, sans oublier quelques quilles des côtes-de-Toul ou de Moselle, juste pour les partager avec d’autres… Car Géné était aussi généreux !

Jean-Marc Gatteron