LeRouge&leBlanc n°151

La revue

N° 151
17 €
13 €

LeRouge&leBlanc fête ses 40 ans !

À l'occasion de nos 40 ans, nous éditons également un supplément "Spécial 40 ans", 36 pages consacrées à notre vision de l'évolution du monde du vin dans toutes ses composantes.

Anjou : La nouvelle vague

Coteaux du Trièves, une révélation

À la rencontre d'Éric Pfifferling, l'Anglore

  • Domaine Pascal Lambert (Chinon)
  • Closerie Saint Roc (Vin de France, Bordeaux)
  • Aurélien Révillot (Bourgueil)

Coup de pouce : La Mariota (Vin de France, Roussillon)

Coup de pouce : Les Funambules (Alsace)

88 pages
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Extrait de la revue

40 ANS…

Quand on se souvient du monde du vin en 1983, année de naissance du Rouge & Blanc, on mesure l’étendue de sa transformation.

 

L’évolution majeure de la période 1983-2023 est sans doute la mutation sociétale qui a fait basculer le vin du statut de boisson de consommation courante, produit alimentaire de base, à celui d’un produit de luxe, marqueur social et culturel. En plus d’accélérer la baisse de sa consommation, une des principales conséquences de cette mutation a été la création d’un vin “à deux vitesses”, une cassure devenue faille entre le vin d’artisan et le vin industriel. Elle a entraîné enfin une mévente des “vins de base” qui débouche sur une menace de crise sociale dans certains vignobles où l’on doit se résoudre à l’arrachage massif de vignes…

 

En parallèle, l’internationalisation du marché du vin, à la fois en matière de production (conduisant à une baisse des prix des vins de grande diffusion), et de consommation (menant au renchérissement des cuvées de prestige véritables marqueurs sociaux et objets spéculatifs en France, mais aussi en Chine ou en Russie) a accentué cette cassure d’une production à deux vitesses. Tout en nourrissant une inflation tarifaire qui met hors de portée nombre de cuvées autrefois simplement un peu chères.

 

Autre fait marquant de ces quatre dernières décennies : l’émergence de vignobles totalement sous-médiatisés en 1983. Qui s’intéressait au Languedoc au début des années 1980 ? Qui connaissait du Jura autre chose que le Vin Jaune ? Quel vigneron n’avait pas un peu de mal à vendre ses côtes-rôties ou ses cornas ? Personne n’aurait pu imaginer qu’en 2023 certaines cuvées de ces vignobles méconnus allaient nourrir une spéculation galopante, comme La Grange des Pères, Overnoy, le domaine des Miroirs, Gangloff, Thierry Allemand, Bénetière… Cette émergence ne doit rien au hasard ; elle est le reflet des grands progrès qualitatifs accomplis dans l’ensemble des appellations françaises. À l’aune de nos critères gustatifs et de nos exigences d’aujourd’hui, nous serions sans doute nombreux à faire la grimace en goûtant certains vins produits à la façon des années 1980.

 

Enfin, troisième évolution marquante : la progression du “bio” et du vin “naturel”. Il y a quarante ans, les surfaces viticoles en “bio” étaient anecdotiques ; en 2020 elles ont atteint 20 % en moyenne en France, selon l’Agence Bio, s’échelonnant de plus de 25 % pour la Corse, la Provence et la Loire à … moins de 2 % pour le vignoble du cognac. Parallèlement à cette croissance du “bio” (qui ne concerne que la viticulture), les vinifications “naturelles” ont suivi la même progression. Leur histoire a débuté au début des années 1980 : une poignée de vignerons du Beaujolais, sous l’influence de Jules Chauvet relayé par Jacques Néauport, ont accompli alors leurs premières vinifications sans soufre. La Loire et l’Alsace ont sans doute été les deux vignobles les plus rapides à prendre la suite et les domaines produisant des vins sans (ou quasi sans) intrants sont chaque année plus nombreux, car les contraintes inhérentes à cette vinification exigeante sont de mieux en mieux maîtrisées. Ce mouvement s’inscrit dans le rejet d’une viticulture que le R&B a toujours pourfendue : la viticulture “industrielle”, oublieuse des terroirs, de la défense des cépages autochtones, de la vinification la plus proche possible du raisin.

 

P.S.

À l’occasion de ses 40 ans, le R&B a souhaité faire un bilan d’étape. Dans notre supplément “Spécial 40 ans”, trente-six pages sont ainsi consacrées à notre vision de l’évolution du monde du vin dans toutes ses composantes : viticulture, consommation, élevage, climat, dégustation, etc. Bonne lecture !

 

LE ROUGE & LE BLANC