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03 janvier 2018 La revue > Dégustation

Bordeaux 2015

Dégustation Bordeaux 2015



L’occasion nous a été donnée récemment de déguster une petite centaine de bordeaux 2015 récemment mis sur le marché. Peu de grands crus classés ou de domaines médiatisés faisant la une de certains magazines spécialisés ou grand public. Mais plutôt une sélection, ou parfois une déclinaison, de vins plus ou moins connus, tous conseillés par le même laboratoire bordelais, l’un des trois – ou quatre – acteurs implantés surtout sur la rive gauche.
A ce propos, rappelons qu’un laboratoire œnologique peut avoir plusieurs activités, telles que :
• L’analyse œnologique courantes (alcool, acidité totale, pH, acidité volatile…).
• La recherche de paramètres spécifiques liés à la microbiologie telle que le dénombrement des bactéries et des levures, le dosage des composés aromatiques (phénols volatils ...)
• Le conseil vignes et chais avec notamment le contrôle de la maturité des raisins, le suivi de la fermentation, les préconisations d’assemblage, le contrôle de la qualité des bouchons…
Et il n’est pas rare que des domaines bordelais fassent appel à deux laboratoires, voire plus : l’un pour l’analyse des échantillons, l’autre pour le conseil vigne et/ou chai… ce qui peut induire de la complexité dans les prises de décisions qui incombent, en toute logique, aux propriétaires.

Le millésime 2015 arrive à Bordeaux après une série de millésimes moyens, quelquefois sous-estimés (2014 par endroit) ou parfois compliqués (2013), qui ont suivi les fameux 2009 et 2010. D’où un engouement immédiat de la plupart des observateurs et des médias pour le millésime 2015. Beaucoup de paramètres nécessaires à la réalisation d’un grand vin rouge semblaient enfin présents à Bordeaux, notamment :
• Floraison et nouaison précoces, rapides et homogènes grâce à un mois de juin ensoleillé.
• Ralentissement puis arrêt de la croissance de la vigne lors du mois de juillet sec et chaud.
• Véraison favorisée par une pluie bienvenue au début du mois d’août.
• Maturation des différents cépages au cours du milieu et de la fin de l’été même si le mois d’août fut assez arrosé, notamment au nord du médoc.
• Poursuite de la maturation des baies en septembre et octobre, avec parfois quelques pluies encore au nord.
Donc, un millésime un peu plus hétérogène qu’annoncé, avec des différences sensibles entre les deux rives et une prime aux grands terroirs bien drainés, essentiellement à composante argilo-calcaire ou graveleuse.
De plus, les domaines bénéficiant d’un microclimat peu humide ont été privilégiés, mais, finalement, le savoir-faire des hommes prévaut sur le reste.


Rappelons également qu’une dégustation n’est qu’une photo à un instant « t ». Elle n’indique donc qu’une tendance et que, pour avoir un avis vraiment péremptoire, il faudrait déguster les échantillons à plusieurs reprises et dans un ordre différent, ce qui n’est pas aisé.

Ci-après, nos préférences par appellation lors de ces deux jours de dégustation.

Bordeaux supérieurs


(sur 5 échantillons dégustés) :

Château Brondeau :

l’exception confirmant la règle car le seul vin non encore embouteillé de la dégustation avec un caractère fruité, franc, frais, plein et facile. Bref un vin de plaisir, voire de soif. A revoir cependant après la mise en bouteille.

Château Lamothe Vincent « Héritage » :

plus d’ambition, une extraction/cuvaison perceptible avec une belle matière première – 80% de merlots - mais un élevage quelque peu « luxueux » à ce jour.

                                                                                                                                                                   

Médoc


(sur 29 échantillons dégustés) :

Château Beauvillage à Couquèques :

de l’équilibre, une pointe de tension (calcaires de Couquèques ?) et une finale assez longue pour ce vin à l’encépagement merlot et cabernet sauvignon à parts presque égales.

Eva de la SCEA Compagnet à Bégadan :

un vin frais, fumé, avec une forte proportion de petit verdot (jusqu’à 1/3 certaines années), concentré et assez long. De l’originalité pour cette petite production.

Château Le Pey de la SCEA Compagnet à Bégadan :

style différent ici avec plus de merlot, de la rondeur sans lourdeur (notes chocolatées) et une finale assez longue aux épices douces.

Château Fleur La Mothe à Saint-Yzans du Médoc :

un style frais, délié, une matière plutôt souple pour ce vin composé de 60 % de merlot et 40 % de cabernet sauvignon réalisé par trois œnologues conseils bordelais dont l’un à l’origine de la présente manifestation.

Château Haut-Maurac entre Saint-Yzans du Médoc et Saint-Seurin de Cadourne :

une légère dominante de merlot ainsi qu’un terroir plutôt graveleux pour ce vin vivant doté d’une belle matière, possédant de l’allonge et finissant salin. Belle réussite.

Château La Branne à Bégadan :

un vin encore serré, au boisé perceptible, avec une légère dominante de cabernet sauvignon, du merlot et une touche de petit verdot. Les vignes sont situées sur des sols argilo-calcaires et graveleux avec sables ou argiles. La finale est étirée, longue avec de la violette en rétro-olfaction.

Château Layauga Duboscq « Rennaissance » à Gaillan et Queyrac :

issu de vignes de 40 à 50 ans sur sols de graves, à dominante cabernet sauvignon, vinifié et élevé luxueusement en bois. Ce luxe ne se perçoit guère en dégustation où la fraîcheur, la tension avec des notes acidulées dominent. Du style…

L’Or des Terres à Saint-Yzans du Médoc :

cuvée ultra confidentielle, réalisée par Sébastien Fontaneau, issue de cabernet sauvignon et de merlot. Nez sur le cacao noir et la poudre de riz. La bouche est ferme, sapide et longue avec une grande fraîcheur en finale malgré un élevage encore légèrement perceptible. Une découverte !

Château Moulin de Canhaut et Château Poitevin à Jau-Dignac et Loirac :

deux vins réalisés par Guillaume Poitevin sur des terroirs de graves sur argiles avec plus d’immédiateté et de facilité pour le premier, et plus d’ambition et de potentiel pour le second marqué par une aromatique et un boisé plus présents.

Haut-Médoc


(sur 15 vins dégustés) :

Domaine Andron à Saint-Seurin de Cadourne :

domaine de 7 ha sur graves fines et complantation des cinq cépages du médoc. Même vinificateur que l’Or des Terres. Un vin franc, appétent, réservé et tendu, presque sanguin avec des notes un peu atypiques de tomates séchées. Intéressant…

Château Fournas Bernadotte à Saint-Sauveur :

sols graveleux, légère dominante de cabernet sauvignon, pour le second vin du Château Bernadotte. Des notes lactiques, crémeuses avec une attaque de bouche équilibrée. Un vin plutôt facile avec une pointe de tannins en finale.

Château Cissac à Cissac :

sols travaillés sur graves, dominante de cabernet sauvignon. Un vin bien construit, plutôt suave (menthe et violette), détendu et fruité, aux cabernet mûrs, juteux et bien présents en bouche. Le vin est encore bien jeune (finale serrée…).

Domaine de Cartujac à Saint-Laurent Médoc :

sols argilo-graveleux avec quasi égalité de cabernet sauvignon et de merlot et environ 15 % de petit verdot. Un vin suave, élégant, épicé assez détendu en attaque avec une finale ferme voire ferrugineuse.

Château Caronne Saint-Gemme et Château Labat à Saint-Laurent-Médoc :

deux vins bien faits équilibrés et élégants sur des terroirs assez semblables même si plus argileux à Labat. De l’équilibre sans démonstration avec de la retenue à Caronne et un côté plus mentholé, épicé et démonstratif à Labat (plus de merlot).


Appellations communales du Médoc



Moulis & Listrac


(sur 8 vins dégustés) :

Château Le Garricq, locaux à Ludon (où se trouve Paloumey la maison mère) :

tout petit vignoble de moins de 3 ha sur graves et argiles marneuses avec 50 % de cabernet sauvignon, 30 % de merlot et 20 % de petit verdot. Un vin tendu, frais, vif et dynamique. Bien que de facture moderne, on y perçoit un terroir et un style…

Château Lestage Darquier à Moulis (quartier des Grands Poujeaux) :

terroir de graves garonnaises sur fond argileux et argilo-calcaire, cabernet sauvignon et merlot à quasi égalité avec une touche de cabernet franc. Un style classique, proche de la rusticité, mais avec de l’équilibre, de la gourmandise et une rétro florale intéressante.

Château Chemin Royal à Moulis :

petite propriété à l’encépagement dominé par le merlot, sise sur des graves d’origine pyrénéenne au sud et de l’argilo-calcaire au nord. Un vin facile, sapide, de juste maturité, presque immédiat et gourmand.

Château Fonréaud à Listrac :

sols de graves pyrénéennes sur sous-sol calcaire, cabernet sauvignon majoritaire par rapport au merlot avec un peu de petit verdot. Un vin tendu, pointu aux tanins affirmés mais élégant et long (fève de cacao en finale). Attendre…

Margaux


(sur 4 vins dégustés) :

Château Grand Tayac à Soussans :

5 ha vignes de plus de 50 ans sur graves profondes, forte dominante de cabernet sauvignon pour ce vin au boisé encore bien présent mais possédant matière – voire rondeur – et doté d’une finale fraîche et enlevée.

Châteaux Charmant à Soussans :

sur un sol de graves désherbé mécaniquement, orienté sud-ouest, avec les quatre cépages bordelais, vignes de plus de 55 ans, dont une majorité de cabernet sauvignon et de merlot. Le vin s’est présenté suave, légèrement confit avec une belle maturité et une finale épicée.

Château Confidence :

2 ha de vignes, moitié cabernet sauvignon et moitié merlot, sur des graves profondes non loin du plateau de Cantenac. Une bouteille encore serrée, tendue, à la matière charnue, pleine et mûre dotée d’une belle rétro-olfaction sur des épices, de la violette avec une touche d’encre. Une découverte…

Pauillac


(sur 2 vins dégustés) :

Château Tour Sieujan :

environ 5 ha de vignes de 25 ans travaillées et issues de sélections massales, composées à 85 % de cabernet sauvignon et situées sur un sol de graves garonnaises. Un nez chocolaté très ouvert, une bouche facile, mûre sans excès, le vin s’affinant et se densifiant à l’air pour finir sur des notes d’épices et de bois de santal.

Pas de Saint-Estèphe retenus (sur 3 vins dégustés)

Graves rouges et Pessac Léognan rouge


(sur 5 vins dégustés) :

Château Respide « Callypige » à Roaillan

: un vin encore démonstratif – boisé marqué, légère extraction, finale serrée – mais une belle matière première encore comprimée dans cette tête de cuvée située sur un sol sablo-graveleux avec un encépagement équilibré de cabernet sauvignons et de merlot avec une touche de petit verdot. Espérons que le vin se détende…

Château Bouscaut à Cadaujac Grand Cru Classé de Graves (Pessac Léognan) :

une propriété située sur des sols graveleux et argilo calcaires avec une majorité de cabernet sauvignon, du merlot et un peu de malbec. Un vin équilibré, enrobé, plutôt souple/moelleux en attaque de bouche mais doté d’une finale un peu serrée où une extraction perceptible durcit un peu le vin actuellement.

Libournais


(sur 9 vins dégustés) :

Château Tournefeuille La Cure (Lalande de Pomerol) :

La Cure, tête de cuvée, n’est réalisée que lors de belles années. Le vignoble est situé à Néac sur des coupes graveleuses et un coteau argileux. Ici 60 % de merlot et 40 % de cabernet franc avec un élevage en fûts neufs. Indéniablement un vin mûr et salin, de garde, moderne voire luxueux. On croirait y percevoir de la crasse de fer…

Château du Rocher (Saint-Emilion Grand Cru) à Saint-Etienne de Lisse :

une dominante de merlots associé à du cabernet sauvignon et une touche de cabernet franc sur des sols et sous-sols argilo-calcaires. Un nez fruité et frais, une bouche sapide, souple, peu extraite, beaucoup de buvabilité pour ce domaine en agriculture biologique.

Château Jean-Faure (Saint-Emilion Grand Cru Classé) :

sis sur un sol argileux, au nord-ouest de l’appellation, le vignoble, en conversion à l’agriculture biologique, se décline pour moitié en cabernet franc et pour moitié en merlot avec une touche de malbec. Beaucoup de finesse au nez (poudre de riz, fleurs un peu séchées), une bouche suave et ronde mais non dénuée d’acidité et une finale équilibrée avec un léger retour de l’acidité et des tanins. On perçoit une volonté de bien faire…

Vins blancs de tous types et de toutes les appellations bordelaises


(sur 6 vins dégustés) :

Elise du Château Le Pey à Bégadan :

100 % de sauvignon sur 2,5 ha de jeunes vignes implantées sur un sol argilo calcaire, vinification et élevage en barriques neuves. Un vin grillé, boisé, un peu réduit, mais assez mûr (peu de thiols) qui devrait évoluer favorablement

Château Haut Bergeron à Preignac :

le vignoble, dominé par le sémillon, composé de très nombreuses parcelles aux sols travaillés sur la plupart des communes de l’appellation Sauternes, possède une diversité géologique certaine avec sables, calcaires, argiles et graves. Ici donc, un vin suave, au botrytis équilibré par une belle acidité, avec de la fraîcheur et une finale plus puissante sur des notes lactiques (caramel au lait). Une valeur sûre…