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06 octobre 2015 Rencontres > Portraits

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Cyprien Arlaud

R&B N°111 – Hiver 2013/2014


Vinificateur du domaine familial à Morey-Saint-Denis, aujourd’hui âgé de 37 ans, Cyprien Arlaud fait partie des valeurs montantes de la Côte-d’Or bourguignonne. Il a su, aux côtés de sa famille, mener les vins du domaine vers un niveau de qualité déjà reconnu. Nous avons trouvé dans ses cuvées les prémices de quelque chose qui dépassait le cadre du très bon vin.

Cyprien Arlaud, quelque chose de plus…
Cyprien Arlaud est un homme attentif, ouvert à son interlocuteur. Il écoute avec intérêt la manière dont ses clients ressentent ses vins : « Ce sont les gens qui révèlent véritablement ce que sont mes vins, moi je sais juste ce que je voudrais qu’ils soient ». Il enchaîne : « La Bourgogne doit toucher la sensibilité, je veux faire des vins d’émotion, des vins qui laissent une trace ».
C’est cette ambition qui le fait avancer. Pour y arriver ,il sait qu’il faut que ses raisins aillent chercher au plus juste ce que le terroir raconte. Cela passe d’abord par une viticulture probe. Dès son retour au domaine en 1997, il s’attelle à la tâche : arrêt des herbicides en 1999, passage en culture biologique en 2004 puis à la biodynamie en 2009. Lorsqu’on connaît les difficultés climatiques des derniers millésimes dans cette partie de la Côte-de-Nuits, on mesure ce qu’il faut de détermination et de travail pour garder ce cap. Il faut une équipe également, et il s’empresse de signaler la dimension familiale de l’entreprise. Il faut des moyens enfin, et l’engouement actuel des vins de Bourgogne lui en offre l’opportunité.
Sur cette spirale des prix et la nécessaire représentation commerciale qu’elle engendre, il s’est fixé des repères. Il va volontiers rencontrer ses clients de par le monde, mais en prenant garde à ne pas diluer une énergie qui doit avant tout être centrée sur son métier de vigneron. Il espère que cette mécanique des prix ne va pas faire perdre un peu de son âme à sa région. Les 7 ha d’appellations régionales du domaine l’aide à garder le contact avec une clientèle « normale ».
Il est très attaché à sa région et notamment à sa commune. Le souvenir des difficultés rencontrées pour vendre des morey-saint-denis n’est pas loin, et il voudrait contribuer à changer cette image. Faire en sorte qu’un jour quelqu’un soit sincèrement touché par une des cuvées du village.
Sur le style de ses vins, il désigne 2004 comme un tournant vers plus de finesse. Il souhaite faire des vins construits sur l’intensité plus que sur des tanins ou l’alcool. Pour lui, 2010 est un grand millésime et il a fait des vins pour la garde sans chercher à ménager une expression plus immédiate. Les cuvées goûtées à Paris ont été difficiles à comprendre, elles nous ont laissé le souvenir d’une matière presque corpulente. Le rythme d’une dégustation professionnelle n’est pas adapté à la rencontre avec les vins du domaine : c’est sur place, en goûtant à nouveau Les Ruchots 2010 et des millésimes un peu plus anciens, que nous avons saisi toute l’élégance qui les animait. Les vins nécessitent un peu de temps pour qu’une résonance s’établisse et que la densité laisse émerger le toucher délicat et les nuances qu’elle contient. Le Clos-Saint-Denis est la cuvée phare du domaine.
Cyprien Arlaud va continuer son chemin en essayant de trouver une place juste dans la Bourgogne moderne. Ses vins vont peu à peu s’équilibrer et leur personnalité va certainement éclore parmi les très belles écritures de la Bourgogne.