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03 avril 2019 La revue > N° 132 - Printemps 2019

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LeRouge&leBlanc n° 132

Printemps 2019


• Rangen de Thann - Majestueux et sauvage
• Givry - Évolution sans révolution
• Stéphane Tissot - La vie est belle !
• Coups de cœur
- Domaine La Calmette (Cahors)
-  Domaine Ledogar (Corbières)
-  Amon Bañeres (Espagne-Penedès)
• Portrait - Jean-Marc Joblot, la locomotive de Givry


Voir l'édito

Sommaire

N° 132 - Printemps 2019



ALSACE

Rangen de Thann

Alsace > Grands Crus > Rangen
Domaine Zind-Humbrecht - Château d'Orschwihr - Domaine Schoffit - Wolfberger - Domaine Eugène Schnebelen - Domaine Bruno Hertz - Domaine Maurice Schoech - Domaine Brucker.

GIVRY

Évolution sans révolution

Bourgogne > Côte Chalonnaise > Givry
Domaine du Clos Salomon - Domaine Joblot - Domaine François Lumpp - Domaine du Cellier aux Moines.

STÉPHANE TISSOT

« Elle est pas belle la vie ? »

Jura > Arbois > Domaine Stéphane Tissot
Crémant du Jura BBF - Crémant du Jura “Indigène” - Côtes du Jura Chardonnay “En Sursis” - Arbois Chardonnay “Les Graviers” - Arbois Chardonnay “Les Bruyères” - Arbois Chardonnay “La Mailloche” - Arbois Chardonnay “Clos de la Tour de Curon” - Arbois “Poulsard Amphore” - Arbois Vin Jaune “En Spois” - Arbois Vin Jaune “La Vasée” - Arbois Vin Jaune “Les Bruyères” - Arbois Vin Jaune “La Mailloche” - Château-Chalon.

COUPS DE CŒUR

Domaine La Calmette

Cahors
Le Serpent à Plume 2017 - Bois Grand 2017 - Trespotz 2017 .

Domaine Ledogar

Corbières
Carignan Blanc 2016 - Maccabeu 2016 - La Compagnon 2017 - Les Brunelles 2016 - Tout Nature 2014 - Ledogar 2014 .

PORTRAIT
Jean-Marc Joblot (Givry)


ÉDITO

Intègres ou intégristes ?

Il faut toujours se méfier des gens qui vous veulent trop de bien. Par exemple de tous ces pourfendeurs des dégâts causés par l’alcool pour lesquels le vin est un poison mortel  et seul l’abstème est sain. Il suffisait de regarder le récent Complément d’enquête de France 2 consacré au “Lobby du vin” pour s’en convaincre.
Il n’est pas question, bien sûr, de vanter ici inconsidérément les boissons alcoolisées. Nous sommes les premiers à prôner la mesure dans leur consommation. Nous serions même prêts à admettre que LeRouge&leBlanc est lui-même un magazine à consommer avec modération ! Mais de là à faire de tous les vignerons des assassins, du vin la boisson du diable, et de ses amateurs des mafiosi…Il ne faudrait pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, comme le disait un célèbre dialoguiste et réalisateur du siècle dernier, Michel Audiard, amateur de jaja et autres picrates.

Bizarrement cette émission qui voulait notre bien a repris les méthodes douteuses des tenants, de plus en plus nombreux, de la perverse théorie du complot. Un complot cette fois fomenté par une horde de vignerons, tire-bouchon entre les dents, tessons de bouteilles à la main, bien décidés à égorger dans leur lit nos filles et nos compagnes ou du moins à les empoisonner avec leur potion diabolique grâce à la complicité du “Pouvoir”. Sauf que, comme l’a très bien disséqué notre confrère Jacques Dupont dans un article dans Le Point (https://www.lepoint.fr/vin/lobby-du-vin-fantasmes-et-realite-07-03-2019-2299004_581.php), le groupe de pression “antivin” français est beaucoup plus riche et actif que le terrible groupe de pression “provin”. Ce dernier est d’ailleurs si actif et si puissant qu’il n’est même pas fichu de faire valoir la place de ce breuvage divin dans notre culture, au contraire de ce qui se passe en Italie ou en Espagne, deux pays, comme chacun sait, peuplés de criminels inconscients.
Il était franchement inquiétant, par exemple, d’entendre dans cette émission les propos d’un médecin addictologue, sans doute sortis de leur contexte, semblant attribuer au seul vin les 45 000 décès annuels causés par l’alcool. Nous ne sommes heureusement plus aux temps de L’Assommoir où le gros rouge constituait l’échappatoire quasi unique des vies misérables. Aujourd’hui le vin n’est plus la porte d’entrée majeure vers l’alcoolisme. Sa consommation décroît un peu chaque année alors que les dégâts dus à l’alcool augmentent. Interrogez les ivrognes chroniques ou les jeunes adeptes du “binge drinking” et de la défonce du samedi soir : le vin coûte trop cher et ne les mène ni assez vite, ni assez loin, ni assez fort vers les troubles paradis de l’ivresse déglinguée.

Ce qu’oublient aussi souvent de préciser les tenants du complot du vin dans leur arsenal de statistiques à charge, c’est que, paradoxalement, dans les régions viticoles les dégâts de l’alcoolisme sont plutôt moindres qu’ailleurs. On se risquera à une interprétation : dans ce domaine comme dans bien d’autres, c’est la déliquescence de l’éducation qui cause les pires dégâts. Car le vin, le bon vin, s’apprend, du moins celui dont nous parlons dans ces colonnes. Il se déguste avant de se boire. Il se déguste plus avec la tête qu’avec le foie. Et les voyages qu’il provoque ne sont pas ceux de l’ivresse.
Mais comment parvenir à faire comprendre cette complexité à un apôtre de la santé à tout prix, pour lequel toute boisson un tant soit peu alcoolisée doit être interdite (et peut-être aussi toute automobile puisqu’il est prouvé que l’automobile tue aussi) ?
Je hasarderai une explication à cette intransigeance : notre société ayant depuis longtemps renoncé à la vie éternelle après la mort, mais la vie restant par essence mortelle, les plus désespérés d’entre nous se sont arrogé la folle mission de nous faire vivre éternellement sur terre. Il leur suffit de croire et de faire croire que si nous ne  mangeons ni graisses animales, ni viande, si nous ne buvons ni vin, ni cidre, ni bière, si nous nous abstenons de tout plaisir, alors oui : nous vivrons à jamais. Ces prophètes-là ont une fâcheuse tendance à confondre santé et sainteté, intégrité et intégrisme, ressuscitant même l’accusation de blasphème dès qu’on critique leur dogme.
À moins qu’ils n’aient raison ? Car comme le dit une vieille blague : si nous nous abstenons de fumer, de boire, de manger et de faire l’amour, nous ne vivrons peut-être pas plus vieux, mais ça nous paraîtra à coup sûr plus long…

PHILIPPE BOUIN